Après Boîte Noire, la nouvelle collaboration de Yann Gozlan avec Pierre Niney s’attaque au monde du coaching de masse. Critique de cette plongée dans l’univers quasi-sectaire des coachs de vie.

Un coach de vie au succès sans démenti

Matt Vasseur est coach de vie. Son métier, c’est rendre la vie des autres meilleure : débloquer en eux ce qui leur permettra d’atteindre leur potentiel interne, de franchir les limites qu’ils se posent eux-mêmes, de se surpasser pour devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Mais Matt n’est pas n’importe quel coach de vie : alors qu’il n’a jamais eu son bac, il est parvenu à se hisser à la première place des ventes en développement personnel, et ses meetings rassemblent des milliers de personnes. Alors quand la législation française veut imposer un diplôme d’État pour devenir coach, c’est le début de la descente aux enfers pour Matt. Il va devoir lutter pour conserver sa place de leader, faire des sacrifices, mais aussi lutter contre ses propres conseils.

Voilà le pitch du dernier film de Yann Gozlan, Gourou, qui met en scène Pierre Niney dans le rôle de Matthieu Vasseur, accompagné par Marion Barbeau, Anthony Bajon et Jonathan Turnbull. Le réalisateur retrouve son acteur fétiche, avec lequel il avait connu son plus grand succès, Boîte Noire, en 2020, pour un film ambitieux, arrivé en salle ce mercredi 28 février. Retour sur ce long-métrage.

Pierre Niney : un acteur magnétique

S’il y a bien quelque chose à souligner dans le film, c’est la performance magistrale de Pierre Niney. L’acteur incarne un personnage fanatique, convaincu d’être toujours dans le vrai, ne laissant aucune place au doute. Dans la droite lignée de Frank T.J. Mackey — charismatique coach de vie incarné par Tom Cruise dans le Magnolia de Paul Thomas Anderson en 1999 — il harangue les foules en liesse à ses meetings, écoute des individus et leur propose des solutions pour les pousser toujours plus loin, et se laisse acclamer par des multitudes avides de ses conseils. Mais cela n’est que la partie émergée de l’iceberg. Matt est avant tout un entrepreneur, prêt à tout pour que sa société continue d’exister, et pour garder sa place au top du top du coaching. Pour cela, il montre un autre visage, celui d’un homme sans pitié, prêt à mettre à la porte des clients venus le remercier, ou à rompre avec son frère au motif que celui-ci n’a jamais cru en lui. Pierre Niney oscille entre ces deux faces : tantôt il est charismatique, empathique, disponible ; mais il peut aussi être froid, distant, ne montrer aucune sympathie pour ceux qui l’entourent. On a ainsi une forme de mise en abîme du jeu d’acteur, puisque Pierre Niney joue le rôle de Matthieu Vasseur qui joue lui-même le rôle de coach Matt. Mais progressivement, le masque se fissure, et Pierre Niney parvient remarquablement bien à nuancer son jeu de sorte à montrer toutes les minuscules étapes qui font progressivement basculer son personnage dans la folie.

Les coachs de vie : critique d’un milieu aux dérives sectaires

Mais la performance de Pierre Niney serait vaine sans le propos tenu par Yann Gozlan dans son film. En choisissant le genre du thriller, Gozlan met en avant le danger que représente cette profession pour ceux qui tombent sous l’emprise d’un coach de vie tel que Matt. Dès les premières images, le film s’inscrit dans des teintes froides et sombres, qui font peser sur les spectateurs une menace permanente, mais exposent aussi le contraste entre Matt à la lumière et son équipe dans l’ombre. La mise en scène multiplie aussi les gros plans, pour montrer que l’enjeu du film se situe principalement dans la tête des personnages : vont-ils croire Matt ou parvenir à se libérer de l’influence du gourou ? Le film propose ainsi une critique acerbe de ce système d’influence mis en place par Matt, mais dont il est lui-même aussi victime : dans sa quête de perfection, Matt devient lui-même le jouet de son public, aussi bien de ceux présents dans la salle que de ses abonnés sur les réseaux. Et sa quête de gloire ne semble avoir aucune limite, puisqu’il rêve de l’Amérique et de la rencontre avec son idole, le coach viriliste Peter Conrad.

Une réponse à “Gourou : critique du thriller sur les coachs de vie toxiques”

  1. Avatar de Maël Fages--Calmel
    Maël Fages–Calmel

    Je suis un lecteur absolument étranger à la rédac et je trouve cet article super, j’espère que vous rencontrerez gloire et fortune dans votre vie.
    Rédigé avec mon iphone

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  1. Je suis un lecteur absolument étranger à la rédac et je trouve cet article super, j’espère que vous rencontrerez gloire et fortune dans votre vie.
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